C'est de l'abondance du coeur que la bouche parle

22
Mar 21

CROIRE #3: SYMPATHISER

par Claudia Linker (Monnet)

La pandémie est un renoncement. C'est le même programme que celui du Carême. Dans la pandémie comme dans le Carême, le renoncement est un moyen et non le but. Dans les deux cas, le but est de changer pour le meilleur. C'est précisément le sens de toute "repentance". Le renoncement n'est pas une punition, et la repentance non plus. On a simplement longtemps cru (et c'est encore le cas dans certaines parties) que la punition était un bon moyen de rendre les gens meilleurs.

Notre renoncement dans la pandémie n'a qu'un seul but : chacun et chacune de nous contribue à rendre le virus contrôlable, afin qu'il ne nous contrôle plus. Jamais nous n'avons, jamais je n'ai, jeûné aussi longtemps et aussi intensément. Avons-nous, ai-je besoin de plus de renoncement ? Je ne pense pas.

Mais j'ai besoin de force pour persévérer, pour ne pas perdre courage, pour rester dans la confiance. Je cherche et trouve cette force dans la prière. Le soir, je me place dans la tradition chrétienne et je commence par un bilan de la journée. Je me réjouis de ce qui était bon et réussi. Mais je reconnais aussi et je confesse que j'ai omis le bien et commis le mal.

Mon église a omis le bien et commis le mal dans une mesure inconcevable. On le sait pour l'Allemagne grâce au père jésuite Klaus Mertes. Lorsqu'il a appris en 2010 l'existence de cas de violence sexualisée dans son école, il les a rendus publics. Il faut beaucoup de courage pour être le premier à nommer un mal. À petite échelle, nous le savons tous depuis l'école : ceux qui se solidarisent avec ceux qui sont harcelés deviennent rapidement eux-mêmes une cible.

Faire le bien et s'abstenir de faire le mal, et éventuellement en prendre le courage, cela demande un temps de réflexion. Ce n'est qu'ainsi que je reconnaîtrai les dégâts que je peux causer : par des mots, par des actes, mais aussi en détournant le regard et en restant muette. La vie chrétienne n'est rien d'autre que cela : je réfléchis et je cherche le meilleur. Je cherche comment faire les choses différemment : pacifiquement, justement, sincèrement, avec amour.

Es geht anders ! – On peut faire autrement ! est la devise de la collecte de Misereor ce dimanche. Thomas Weitz a prêché à ce sujet aujourd'hui dans la cathédrale de Cologne. Il y a quelques jours, l'archidiocèse de Cologne a présenté un rapport sur le traitement des cas de violence et d'abus sexualisés.

La publication de Klaus Mertes remonte à onze ans. Pour les personnes concernées, tout prend trop de temps, se déroule de façon beaucoup trop timide. Cela signifie de nouvelles souffrances lorsque les responsables, trop souvent et trop longtemps, ne se reconnaissent pas eux-mêmes responsables. "L'Église est un vaisseau spatial qui risque de perdre le contact avec le sol", déclarait déjà en 2010 Klaus Mertes dans une interview à Die Zeit.

Il y a un autre moyen ! L'Église, c'est aussi Klaus Mertes. Et c'est aussi moi. Aujourd'hui, j'ai assisté à la messe télévisuelle depuis la cathédrale de Cologne, même si j'aimerais actuellement disparaître.

Je suis chrétienne parce que je crois. Je crois : la vérité rend libre, aussi inconfortable qu'elle puisse être. Être libre est une condition préalable à l'amour. Aimer, c'est s'efforcer de faire le bien et de s'abstenir du mal. Dieu est amour. Je peux aspirer à cet amour. C'est une tâche à vie, simple et difficile à la fois.

Être chrétienne ou chrétien signifie : apparaître, au lieu de disparaître. Je dois donc méditer sur la question de comment je peux aider l'Église à faire le bien et non seulement à s'abstenir du mal, mais aussi à le guérir. Je dois donc faire face, même si cela fait mal.

"Misereor" en latin est le premier mot d'une phrase de Jésus. Il dit un jour à ses disciples :"J'ai pitié – Misereor – de cette foule : cela fait trois jours que ces gens sont avec moi et ils n'ont rien à manger."

11
Mar 21

CROIRE#2: LE CALME

par Claudia Linker (Monnet)

Aujourd'hui, je suis retombée sur une impulsion publiée en 2017. Les sujets à l'époque étaient : renouveler sa patience et garder confiance. Ce sont des sujets typiques pour le carême que nous vivons actuellement, religieusement parlant. Mais d'un point de vue pandémique, nous vivons le carême depuis un an déjà. Il est certain que ce carême exceptionnel continuera encore après les alléluias de Pâques. Mais mes pensées aideront peut-être à respirer un peu. Le texte en parle, entre autres. Mais peut-être que mes pensées donneront un peu de souffle. C'est de cela qu'il s'agit, entre autres. Mentalement, voyageons (!):

De nouveau j'étais à Cologne pour le travail, comme tous les mois mois à cette époque. De nouveau, j'avais pris le train de nuit depuis Flensburg, à 22:30 heures la veille.

D'un côté, c'était merveilleux: j'avais pu mettre les enfants au lit, avec du temps et pour la lecture et pour les câlins. Ils étaient encore petits à ce temps-là. J'allais également prendre le train de nuit pour le retour. Ainsi, mon absence serait très courte.

D'un autre côté, j'étais à côté de mes pompes, crevée après une nuit secouée, sur un quai de la gare centrale de Cologne, assourdie par les annonces tintantes et assez fortes pour être entendues même à l'entrée en gare des trains. Une foule se pressait pour attraper leur correspondance ou pour sortir de la gare, comme tous les matins dans toutes les grandes villes, quand les gens doivent aller au travail. Pour moi, c'est une torture. Je ne suis pas matinale. Ce dont j'ai besoin le matin, c'est du temps pour moi, dans le calme. Ce n'est qu'après que je suis vraiment en possession de mes cinq sens. 

Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Voilà la promesse de Jésus dans l'évangile selon St. Matthieu. À l'époque, Jésus ne m'intéressait guère. J'ignorais tout de l'evangile selon St. Matthieu, sauf son existence. Mais je savais une chose: dans les grandes villes, les églises sont de véritables îlots de calme. De surcroît, on y trouve de la beauté et je suis très sensible à la beauté. Mes études d'architecture, ce n'était pas pour rien.

Bon, la beauté architecturale est bien souvent ternie par un kitsch atroce et d'autres aberrations stylistiques: des paravents moches, des draperies poussiéreuses, d'autres décorations affreuses. Tout pour vouloir s'enfuir. Mais parfois, ça n'a pas d'importance.

Depuis la gare centrale de Cologne, on tombe pratiquement droit dans la cathédrale. Au bout de quelques mois, j'osais rogner une demi-heure sur mon tampon horaire pour prendre le tram suivant. L'église catholique m'intéressait encore moins que Jésus, mais c'était bien le lieu de calme à portée de main. Depuis le parvis de la gare, gémissante sous le poids de la valise, je grimpais l'escalier raide, me traînait par le portail le plus proche et voilà: le calme.

On y trouve quelques bancs dans la pénombre, la splendeur gothique se laisse deviner et on peut allumer des cierges. Faire cela et prendre un moment pour regarder les flammes est une très bonne chose pour retrouver son calme. Il m'a fallu des mois pour réaliser que je me trouvais devant la Madone la plus laide que j'avais vu dans ma vie: la Schmuck-Madonna de Cologne (la madonne aux bijoux). Rester devant du kitsch hideux et une Madone, ça ne convient vraiment pas à une architecte et ex-protestante ! Mais parfois, ça non plus n'a pas d'importance.

Ayant appris les bonnes manières, j'ai fini par saluer la vierge, bien que mollement, à peu près comme ceci: “Salut, tu sais bien ce que je pense de toi, faut pas m'en vouloir." Les années précédentes, j'avais salué Jésus de la même manière : "Salut, c'est encore moi, mais tu sais bien que je ne crois pas vraiment en toi."

Il m'a encore fallu quelques mois de plus, avant de me faire l'aveu que je priais. De façon très rudimentaire, mais parfois, ça aussi n'a pas d'importance.

J'étais là et je retrouvais mon calme. J'avais posé mes bagages et toute autre fatigue ou charge. Je trouvais du repos.

Il n'y a qu'un mot allemand pour calme et repos, c'est Ruhe et il provient probablement de l'hébreu rûah. Rûah est un mot qui signifie beaucoup: souffle, brise, toucher, force, vivification. Si j'allume un cierge ou une simple bougie en oubliant un moment mes fatigues et charges et en respirant calmement, c'est comme un toucher qui me redonne de la force et qui me ravive. Ça peut se faire en tout lieu de calme. Sauf quand il y a du vent. Mais le vent, c'est rûah en soi.

(Bild:  Freepenguin - Eigenes Werk, CC BY-SA 3.0, commons.wikimedia.org/w/index.php)

08
Mar 21

CROIRE #1: L'AMOUR AU TEMPS DU COVID

par Claudia Linker (Monnet)

Pour la Saint-Valentin 2021, la rédaction régionale Schleswig-Flensburg des journaux sh:z m'a demandé d'écrire une impulsion de foi. Voici le résultat :

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? Tu restes loin, tu ne viens pas me secourir malgré toutes mes plaintes.
Je suis fatigué et frustré par le covid, mon endurance flanche. À long terme, ensemble, c'est pas toujours tout.

Mon Dieu, le jour, j'appelle, mais tu ne réponds pas. La nuit, je crie, sans trouver de repos.
Les anti-masques me laissent sans voix, les revers de la pandémie me font frémir, je veux que ça se termine, et cela sans tarder, et qu'on puisse rire, tous ensemble.

Je suis comme une eau qui s'écoule et tous mes os sont disloqués. Mon cœur est pareil à la cire, on dirait qu'il se fond en moi.
Mon Dieu, je manque de légèreté. J'ai peur pour mon mari. Il est dans le groupe à risque.

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? Jésus prie ces premières paroles du Psaume 22 sur la croix. Ce qu'il a le droit de faire, nous en avons aussi le droit : nous heurter à Dieu, nous disputer, lutter, et même lui crier dessus. C'est ce que je fais, pendant des kilomètres en pèlerinage, dans le froid glacial, jusqu'à la promenade du fjord. Mon objectif : “Oh, Du mein Herz“, (“Oh, toi mon coeur“) une statue de Andreas von Hippel, à quelques pas de notre restaurant favori.

“Oh, toi mon coeur“, j'ai soif de nouveaux beaux souvenirs !

Le retour se fait par vent de face. Sur la promenade entre Fahrensodde et Solitüde, les bourrasques me giclent l'eau glacée dans le visage, tels des aiguilles, et me font glisser sur le verglas. Se lamenter, pèleriner, se souvenir. Ma recette pour une Saint-Valentin bénie par temps de pandémie.

Ma peur a cédé la place à une confiance tranquille, c'était inespéré: L'amour n'aura pas de fin. En toute occasion, il persévère.

26
Mar 20

COMMUNIQUER #1 : RÉPONSE CINGLANTE – RÉPONSE HEUREUSE ? ?

par Claudia Linker (Monnet)

SAVOIR RÉPLIQUER AVEC ESPRIT, VOIRE CONTRE-ATTAQUER, VOILÀ UN DÉSIR TRÈS RÉPANDU.

Lorsque nous nous sentons provoqués, voire aggressés verbalement dans une discussion, nous voudrions être "prêt à la contre-attaque". C’est le sens même du mot  allemand “schlag-fertig“. Ce désir d’avoir de la répartie dans la situation même, les personnes de tous les pays le connaissent. Mais l’aspect violent du mot allemand m’a fait jusqu’à présent refuser les demandes de conférences sur ce thème. Faites une recherche d'image pour "schlagfertig“. Et bien ? Exactement. Gants de boxe, poings, flèches d'orage partout. Pas étonnant, vu la signification des composants, le mot génère automatiquement l’idée d’être prêt pour le coup de poing, à en avoir l'impression de sautiller dans le ring. Mais le ring de boxe est bien le contraire d'une de mes deux préoccupations principales : la communication réussie.

C'est ce que j'expliquais aux femmes entrepreneurs de Schleswig, où je me suis exprimée le 5 février 2020 sur le sujet : "Vous avez aussi le droit de ne pas répondre parfois", ai-je dit. Une pause maintenue avec confiance reste la stratégie de communication la plus puissante.

Le désir de vivacité cache des besoins : Je veux être traité avec respect. Dans les conversations, je recherche l’esprit ouvert, l'attention sincère, la compréhension mutuelle et l'attention pour l'autre.

La contre-attaque verbale, c'est dire qu’il s’agirait de gagner ou de perdre, ça mène à l'escalation et à chauffer les esprits. Comment développer un concept plus harmonieux ? J'aime utiliser mon penchant pour les langues (voir aussi l'entrée de mon blog du 1er décembre 2015) et me demander : Quel est le mot dans les autres langues ? Quelles sont les associations qui y sont associées ?

L’anglais – to be quick-witted – est bien sympa – de répondre par une blague peut décoincer.
Mais c’est définitivement une expression française qui l’emporte : répondre du tac au tac.

Cette onomatopée de l’escrime transporte l’idée d’un combat, oui. Mais quand j'entends le son du "tac-tac", je peux presque voir l'élégance sur la piste devant moi : les escrimeurs dansant d'avant en arrière dans un rythme fou, menant élégamment le fleuret – et le "tac-tac" métallique. Il y a aussi l’idée d’esprit, de charme, de jeu. Personne n'est mis ko. Au mieux "touché". C’est en entrant en contact que vous gagnez en escrime. Oh oui, je préfère ça ! Charmant et désarmant. Ça sonne quand même mieux que "plein dans la tronche“, n’est-ce pas? Le désarmement verbal me semble être à l'ordre du jour dans de nombreuses circonstances. Plutôt être élégamment éloquent.

Bienvenue à la formation, pour qui voudrait pratiquer :
Placer des pauses avec confiance (et les soutenir !) est d'ailleurs un sujet abordé dans "La performance convaincante“ – un de mes séminaires.
Comment être charmant et désarmant est étudié dans "Convaincre – aisément“ – un autre de mes séminaires.

15
Sep 17

ÉLAN #5: STRATÉGIES ET STEVE JOBS

par Claudia Linker (Monnet)

JE DOIS VOUS FAIRE UN AVEU.

La stratégie énergo-cybernétique (EKS) selon Wolfgang Mewes, très réputée dans les pays germanophones, m’inspire bien dans mon travail, mais je ne la suis pas à la lettre. Je dévie même bien du schéma, je l’ai modifié, élargi, augmenté. Le but déclaré de EKS est de définir pour soi un domaine permettant d’aspirer à devenir leader du marché. Je questionne ce genre de buts, ma vision d’une vie comblée et épanouie dépasse les notions de marché. Aussi, je ne m’appelle pas Steve Jobs qui disait: "We are here to put a dent in the universe" - "Nous sommes ici pour cabosser l’univers." C’est une expression tellement violente que les traducteurs en langue française ont préféré adoucir et lancer la version "… pour laisser une trace…". Je comprends ce sentiment, préférant moi-même la voix basse et le développement prudent. "Circonspection" est un de mes mots favoris.

Ce n’est quand même pas par hasard, si je nomme Steve Jobs ici. Il a du être assez irascible. Bill Gates, me semble-t-il, est plus sociable et agit avec plus de circonspection envers autrui, ce que j’aime mieux. Mais Steve Jobs avait aussi ce côté enthousiasmant et je recommande vivement son discours à Stanford. Sans même le savoir, il vous explique avec poésie et émotion mes idées sur la planification stratégique! Il parle dans ce discours de nos convictions intimes à lui et à moi. Merci, Steve!

Il dit: "the dots will connect". Traduit librement, cela veut dire: les tesselles de ma vie formeront des liens, et ces liens porteront, si je ne ramasse que des tesselles qui me sont précieuses. Voilà la dimension que j’ajoute impérativement à tout accompagnement stratégique.

Dans ma vie, pendant longtemps, beaucoup de tesselles pourtant précieuses ont trainé sont faire de lien. Je les avais presque oublié. Le travail stratégique dirige le regard justement là, vers les tesselles presque oubliées: rendant visible ce qui sommeille en cachette, ce qui est apte à me nourrir, mais n’a pas encore été exploité. Le travail stratégique découvre et déterre les trésors enfouis.  

Pour moi, les tesselles enfouies couvrent trois grands thèmes:
Les langues.
Les arts et la culture.
La foi et l'apprentissage.

Les deux premiers étaient au centre de mes études et j’avais l’intention d’en faire ma profession. J’ai fait mes études en France dans le domaine des beaux-arts et je parle un tas de langues, plus ou moins bien. Puis, j’ai épousé un professeur d’université à Flensburg entrant en même temps et avec beaucoup de plaisir dans l’entreprise de conseil existante. 

Plus tard, j'allais retrouver ma foi chrétienne et cela pour raisons professionelles: par l'étude de la neurobiologie de l'apprentissage humain.

Les tesselles "langues" et "arts / culture" sont restées sans emploi pendant longtemps. J'ai trouvé très difficile, voire impossible, d'intégrer la référence à la foi. Je ne veux pas convertir quiconque. Je crois même (et pour des raisons neurobiologiques) que ce n'est absolument pas possible. Donc je n'ai même pas pensé que cette tesselle appartenait à ma mosaïque professionelle. Est-ce que cela a changé depuis la nouvelle orientation stratégique de notre boîte? La réponse honnête: pas pour le moment, en soulignant "pour le moment". Car ces thèmes ne sont clairement plus à l’arrière-plan. Une preuve: vous lisez ce texte en français.

Depuis quelques années, je fouine au moins en peu dans des textes divers en danois, anglais, français, italien, russe, espagnol. Depuis le départ, notre site web a été lancé en autres langues. Je ne parle toujours pas assez bien le russe. La traduction en espagnol est sur la liste des choses à faire. Peut-être que ça va marcher dans un avenir assez proche?

Pendant l'été de 2017, j’ai pu ajouter beaucoup de tesselles dans le domaine „arts et culture“. Pendant une semaine entière, j’étais à la documenta 14 à Cassel, exposition mondiale d’art contemporain.

Sur la photo en haut, vous voyez une sorte de mosaïque. Sur YouTube vous pouvez découvrir qu’elle est en mouvement. L’œuvre “The End“ de l’artiste grec Nikos Alexiou est inspirée d’une mosaïque de sol au monastère d’Ivirion sur le mont Athos. Ce que la vidéo ne montre pas: cette œuvre amuse les visiteurs! Ils se mettent dans la lumière, beaucoup se couchent même par terre. La majorité des gens restent pendant des minutes sous cette douche lumineuse.

Que les arts nous amusent, est-ce à favoriser, voire, à exiger? J’en parlerai davantage.  

28
Feb 17

ÉLAN #3: LE SENS DE LA VIE

par Claudia Linker (Monnet)

FAIRE UN TOUR! FAIRE DEMI-TOUR


J'étais déterminé à écrire. Cet article de blog. Le lendemain, c'est le mercredi des Cendres et officiellement le Carême chrétien commence. Le jeûne est une invitation à se libérer de quelque chose afin de devenir libre pour quelque chose. Management de changement à l’ancienne, pour ainsi dire. J’aime me faire accompagner dans le jeûne par le calendrier du projet œcuménique Andere Zeiten e.V. (cela signifie "temps autres", le site est entièrement en allemand). Le calendrier s’apelle „wandeln“ et ce mot allemand exprime deux choses:
1. déambuler
2. changer.
Jeûner, c’est faire ce double mouvement du corps et de l’âme, de bouger à l’extérieur comme à l’intérieur.

PLANS, OBSTACLES ET NOUVEAUX PLANS
J'étais donc très déterminé à écrire. Tôt j'étais au bureau et - - - - -
Le courant était coupé !
Il fallait vider les étagères pour atteindre les prises. Cela allait prendre du temps.  
Je ne pourrai pas écrire. Peut-être que je n’y arriverai pas jusqu'au Mercredi des Cendres. Alors l’accroche serait perdue. Trop bête!

D'un autre côté : Depuis combien de temps voulais-je vider la bibliothèque, la nettoyer à fond, la réorganiser? Je pouvais peut-être faire les deux: Un jour, mettre de l'ordre dans la bibliothèque. Rédiger l'article blog le lendemain. La décision était prise. Le soir, j'avais des courbatures.

LES PETITS VERS TOURBILLONS
Le petit ver tourbillon est une illustration ingénieuse de Maja Storch : elle représente ce que nous sentons dans nos "tripes", dans les régions cérébrales qui nous dirigent par les sentiments et non par le langage. Le tourbillon est d'humeur ou pas. S'il n'a aucun désir et qu'on le force, il se vengera. Toujours.
Le tourbillon de Wolfgang le séduit à laisser tomber.
Mon tourbillon à moi ne m'empêche pas de travailler. Il m'y pousse. Je suis plutôt du groupe Stakhanov. Dit Wolfgang.

Stakhanov était un travailleur modèle de l'éthique de travail stalinienne de l'Union soviétique. Jean-Jacques Goldmann le chante dans "Je serai doux" comme le contraire de ce qui est désirable. Il promet plutôt: “Je vous aimerai pas dans la sueur / Genre Stakhanoviste du bonheur  /… Mais je serai doux“ . Il a bien raison. Et mon mari m'a déjà fait des compliments plus … doux.
Je ne veux pas être une Stakhanov, mais douce, joyeuse, amicale, détendue, patiente, sereine. Tout ça, la plupart du temps.
Quelle est pourtant la phrase que me dis ma mère encore, alors que j’ai 50 ans?

NE T'ÉPUISES PAS!
Il y a un peu moins d'un quart de siècle, Wolfgang et moi commencions à examiner sérieusement l'efficacité de l'apprentissage. Pendant deux bonnes années, nous renoncions à faire du chiffre. Au lieu de gagner de l’argent, nous en dépensions beaucoup aussi bien en voyages qu’en recherches. Ce n'était pas vraiment prévu que ça dure aussi longtemps. C'était comme ça et c'était merveilleux. Nos activités actuelles, nos publications, la qualité de nos conseils, rien de tout cela ne serait cependant possible sans les fondations de ces années.

Par nos recherches nous sommes devenus les experts dans l'activation de l'apprentissage et des micro-modèles de communication. L'acquisition et le développement de cette expertise n'étaient pas épuisants. Pouvoir découvrir et apprendre est notre élixir de vie.

CE QUI ÉPUISE, C’EST L'ANXIÉTÉ.
À la suite de ces deux années de recherches et de dépenses, nous traversions un long, très long temps de vaches maigres : trop peu de gens voyaient immédiatement les avantages de nos offres et étaient prêts à payer pour nos services.
Je connais bien les périodes difficiles, depuis l'enfance : Mon père avait toujours été malade. Il es mort très jeune, ayant survécu de six semaines sa désintoxication tardive. Que six semaines. Je venais d'avoir 15 ans.
Quelques mois plus tard, je partais en France pour un an à l'étranger. Je ne parlais presque pas français : c'était ma troisième langue et les cours avaient à peine eu lieu en raison d'un manque de professeurs. Les correspondances m'avaient aidé dans la préparation, mais m'avaient peut-être aussi amené à me surestimer. Parce qu'un de mes correspondants m'a demandé le jour de mon arrivée, à la première récré: "Quel est pour toi le sens de la vie ?" Après m’être bien cassée la tête, je pouvais lui donner une réponse.

JE VEUX POUVOIR MOURIR CHAQUE JOUR ET DIRE QUE C'ÉTAIT BIEN.
Ça avait sûrement l'air plutôt intelligent et calme. L'impression était trompeuse ! En fait, je disais :
Peut-être que je vais mourir aujourd'hui.
C’EST POURQUOI je dois tout donner tous les jours.
C’EST POURQUOI je n'ai pas une seconde à gaspiller.

Ce n'était pas un mode d’emploi pour être doux, joyeux, amical, détendu, patient, calme.
C'était un mode d’emploi stakhanoviste d’'auto-exploitation.
Une attitude craintive. Apte à couper le souffle.
Je ne veux pas être comme ça.
Je ne suis plus comme ça (la plupart de temps).
Nos recherches changent notre façon de travailler. Et nous-mêmes. Le processus est en cours !

La méthode du Accelerated Learning est synonyme d'apprentissage réussi, dans le sens de bon et profond. Les conditions préalables de base sont les suivantes : être attentif dans la détente, dans la joie, avec charité et amour-propre, garder CONFIANCE !

C'est pourquoi je rejette le terme "accéléré" par rapport à "apprentissage". Il ne s'agit pas d'accélérer. Il s'agit d'activer les conditions de base (la motivation intrinsèque, si vous voulez). Je dis „apprentissage activant“.

Ouais, peut-être que je vais mourir aujourd'hui.
C’EST POURQUOI je cherche à savourer chaque jour, dans la gratitude, même dans l'épreuve, petite ou grande.
C’EST POURQUOI j’ai commencé par réorganiser la bibliothèque. Mais il reste encore beaucoup à faire.
C’EST POURQUOI j'ai écrit cette entrée du blog.
Si je meurs aujourd'hui, je pourrais dire merci pour cette vie qui m'a été offerte. (Mais je préfère un jour plus lointain.)
Si je ne meurs pas aujourd'hui, je dirai merci pour cette vie qui m'est offerte.

Quelle idée vous attire le plus ? Attention? Détente? Joie? Charité? Amour-propre? Confiance?
Nous serions heureux d'en parler avec vous.

30
Oct 16
Kahneman Système 1 Système 2 vitesses de la pensée

ÉLAN #2: PRENDRE DU RECUL

Par Prof. Dr. Wolfgang Linker

SANS RECUL, PAS DE VISIONS. SANS VISIONS, PAS DE STRATÉGIE.

Le défunt chancelier Helmut Schmidt disait une fois: “Que les personnes ayant des visions consultent leur médecin!“ Et bien, là se trompait ce grand et vénérable homme de l’histoire allemande contemporaine. Les visions ne sont justement pas des délires malsains, mais des guides importants. Ou bien ne se trompait-il pas? C’est bien vrai: Les entrepreneurs, les directeurs et tous ceux travaillant à leur compte ont souvent besoin d’un médecin pour exciser le tissu des pensées irréalistes et pour chouchouter le tissu des visions à la fois désirables et réalistes.

Les illusions et les visions divergent à trois niveaux: contenu, motivation et stratégie.

#1 CONTENU:
Si j’avais pour but de faire un jour parti du cercle des lauréats d’un prix nobel, ce serait une fantaisie irréaliste. À 75 ans, je suis déjà hors garantie: hors de la garantie d’avoir les forces pour réaliser des recherches de longue haleine, par exemple.
Les visions saines donnent donc une réponse à cette question: quel but puis-je concrètement atteindre?

#2 MOTIVATION:
Je peux faire un tas de choses pour rester en forme malgré mon âge. Avec emphase sur “faire“. Il faut la volonté d’agir, donc: une motivation. Voilà la deuxième différence entre illusions et visions.
Les visions saines donnent donc également réponse à la question: en quoi serait-il séduisant de concrètement atteindre un but donné?

#3 STRATÉGIE:
La troisième divergence se manifeste dans un plan prometteur de succès.
Les visions saines donnent donc en plus réponse à la question: précisément comment puis-ja atteindre le dit but séduisant?

Sitôt dit, sitôt fait? Non! Depuis des années, j’ai bien en tête que je pourrais faire un tas de choses pour rester en forme bien qu’étant “hors garantie“. J’ai aussi en tête: Il me serait possible de terminer mon deuxième livre sur la communication aux deux tiers achevé, qui dorlote depuis presque deux ans dans mon tiroir. Côté contenu, motivation et stratégie, tout devrait être clair. Devrait. Il manque pourtant quelque chose d’élémentaire. Une quatrième prérogative. Le jeûne et la rando lui fraient le chemin: Il faut de la distance par rapport aux visions.

Avec de la distance et avec de la distance seulement nous sommes capables de voir clair. Car nous sommes enclins à avoir une bien trop grande confiance en nous-mêmes. Tous. Tout le temps. Ni âge ni sagesse ne nous protègent. Le psychologue Daniel Kahneman l’a tellement bien prouvé que ça lui a mérité le prix Nobel en économie. (Son livre “Système 1 / Système 2 : les deux vitesses de la pensée“ est fort recommandable, mais bien gros aussi. Pour ceux qui n’ont pas envie de lire 500 pages: La troisième partie porte sur … oui … exactement: l’excès de confiance en soi. Et elle ne compte que quelques 65 pages).

Un excès de confiance en soi, ça ne paraît pas bien sympa. Et bien, c’est pire que ça: l’excès de confiance nous empêche de même prendre en considération d’autres points de vue - surtout s’ils semblent être contre nous ou s’ils sont pessimistes. L’amour rend aveugle. L’avidité l’emporte sur la raison. Correct? Correct!, dit Kahneman de manière un soupçon plus scientifique: la perception externe n’a pas la moindre chance contre la perception interne. Les visions divergent donc des illusions aussi par le …

#4 RECUL:
Les visions saines donnent réponse à la question: comment puis -je prendre le recul nécessaire pour pouvoir penser aussi objectivement et stratégiquement que possible?
Et nous voilà de nouveau au jeûne et à la rando et à mes deux buts stratégiques personnels:
rester en forme.
écrire mon livre.
Nous quittions notre bureau et par cela notre travail à la fois silencieux et exécuté en position assise.
Nous allions à l’île de Sylt.
Nous profitions des randos journalières pour parler de tout et de rien avec plein de nouvelles connaissances.
Nous profitions des temps de repos pour notre plannification stratégique - dans un état physique et mental inhabituel.
Ça, c’est du recul!
Et surprise:
Au fil de jours, je gagnais une vue fraîche et inspirée.
Je voyais ce qui m’avait échappé.
Je me posais des questions nouvelles et différentes.
Je ressentais en même temps, et avec joie: Je suis sur la bonne voie.
Je vérifiais mes idées, en parlant avec ma femme qui sait écouter, m’approuver, me contredire, et me faire réfléchir. 

En plus, je trouvais de nouvelles sources “nourrissantes“: tous les soirs, les petites conférences sur la santé m’offraient une foison d’informations, entre autres sur la nourriture et ses composants. Mais surtout, j’entendais de nouveau ce que j’avais lu 1000 fois, jugé juste aussi 1000 fois et écarté de mes idées au moins 1000 fois: Je me fait tort à moi-même avec ma perception interne: “Toute activité physique est pénible et superflue“. Jusque-là, ça n’avait servi à rien. Même les plus raisonnables des perceptions externes n’avaient réussi à me faire “tenir le coup“. Mais cette fois, les conseils venaient vers moi dans une situation absolument nouvelle: à la suite de randos aussi dures physiquement que satisfactrices psychiquement et à la suite d’un temps de réflexion porteur de beaux fruits. Ça calmait mes réticences.

Je suis maintenant fier propriétaire d’un caddie et je fais nos courses à pied. C’est une demi-heure d’exercice physique qui est faisable, même à la longue. En plus, je me suis remis à mon livre. Dans un coin tranquille, installé exprès pour avoir le retranchement qui m’est nécessaire pour écrire. 

En fin de compte, Helmut Schmidt avait quand même raison: J’avais eu besoin de “soutien médical“, par Kahneman, les conférenciers, et ma femme. 

De quel “médecin“ avez-vous besoin pour que vos illusions se transforment en visions? On en parle, vous et nous?